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A l’occasion de la Journée de la Femme 2018, le Musée Zadkine à Paris organise une lecture du texte inédit d’Olga Boldyreff « La femme est la ville », jeudi 8 mars 2018 à 19h. Ce texte est constitué de deux miroirs réflecteurs : la femme se voit dans la ville et la ville se dévoile dans la femme. La ville en tant qu’espace topographique et la femme en tant que personnage se superposent, permettant la découverte de la relation qui s’établit entre ces deux entités. La ville est appréhendée à travers les déplacements de la femme et celle-ci est découverte dans certains lieux de la ville. Cette lecture sera suivie par la présentation du livre d’artiste « Double vie ». Tout au long des 100 pages, nous suivons l’itinéraire de l’artiste. Comment le nomadisme a-t-il influencé sa manière de travailler? Comment l'interaction entre histoire, mémoire et création artistique y apparaît ? C’est à des traversées multiples, dans le temps et l’espace, d’un medium à l’autre, dans les méandres de l’imaginaire et l’irruption du réel, que convie ce livre-parcours.

Artiste française, née de parents russes exilés, Olga Boldyreff travaille à la marge entre littérature et art contemporain. Elle s’intéresse aux problématiques de l’héritage culturel, de la mémoire et de l’identité. Elle utilise la voix, le texte et l’image dessinée et/ou peinte pour reconstituer des moments de mémoire rappelant qu’en russe un seul et même verbe, Писать / Pissat, signifie écrire et peindre. Elle s’est attachée en tant qu’artiste à faire de l’exil une identité spécifique, une condition du multiculturalisme. Olga Boldyreff explore ce que l’exil recèle d’immatérialité, mélange de lieux concrets et de territoires métaphoriques, d’un ici et d’un là-bas. Ces lieux réels et imaginaires aux périphéries mouvantes, sont constitués d’espaces affectifs venant de l’ailleurs russe, de témoignages-souvenirs, mais aussi d’espaces renouvelés par les différentes expressions artistiques que l’artiste utilise.

Lorsqu’un artiste se mêle d’aborder un autre domaine que le sien, il le fait souvent en en troublant les usages. Olga Boldyreff n’a pas dérogé à cette posture dans son rapport à la littérature. Quel statut accorder à ses textes ? Ses écrits ne se limitent pas à une seule forme d’expression. (fables, poésies, histoires de vie, histoires de création d’une œuvre), la référence à l’hybridation est récurrente. Il y a mélange de genres dans l’écrit comme dans le pictural. Olga Boldyreff articule son œuvre à sa double identité en de multiples facettes. La nature de son travail croise l’intérêt contemporain pour le décloisonnement des pratiques artistiques. L’artiste aujourd’hui, fait parfois figure de transfuge, négociant sans trêve des situations de passages, d’échanges et de transferts entre le domaine de l’art et d’autres domaines qui lui sont plus éloignés.

Les voyages peints et écrits d’Olga Boldyreff ressemblent à une errance au cours de laquelle la quête d’identité est toujours présente. La dimension narrative de sa peinture et de ses textes lui permet de s’interroger sur l’identité. Elle définit la figure du peintre qui écrit comme une construction identitaire. En choisissant de développer un genre spécifique, entre art plastique et écriture, elle revendique cette figure duale du « peintre-écrivain ». Dans ses deux pratiques, picturale et littéraire, elle opte pour une absence de linéarité, de hiérarchie, de chronologie. L’écriture et l’image, indépendants l’un de l’autre, dialoguent pour générer un espace mental qui réinvente la réalité. L’image ne double pas le texte et le texte n’ajoute pas de sens à l’image. Ils cohabitent dans une histoire discontinue, puis se rassemblent en une unité temporelle et spatiale lors de ses interventions publiques et dans ses livres d’artiste.

Dans ses peintures, Olga Boldyreff procède par élimination successive, soulignant avec insistance une posture artistique de retrait. Urbains et ruraux, les lieux peints, vidés de tout habitant sont délibérément brumeux, indéterminées, donnant une forme d’inexpressivité aux situations. Il est possible de retrouver le pendant littéraire de ce retrait dans ses textes. Un caractère d’inquiétante étrangeté se dégage dont le sens ne peut être trouvé. L’utilisation de lieux réels et imaginaires souligne cette énigme, ils engagent l’artiste dans sa façon d’être au monde, interrogent, distances et attentes, sensations d’incomplétude ou utopies de rassemblement. Ils inventent un territoire hors frontières.

Nombreux sont les artistes qui ont entrepris une quête identitaire, qui se sont interrogés sur leurs racines pour comprendre leur histoire et mettre au jour leur propre parcours. Chacun pose par ses créations non seulement la question de la construction d'une identité et de son appropriation, mais également celle de la recherche d’une écriture artistique permettant de se trouver. L’art, comme un domaine « trans-genre », est capable d’accueillir une telle œuvre double…

Contact Olga Boldyreff objmg@wanadoo.fr

Spectacle/performance : Le présent recomposé, 2014

Kostar 2012 - Lire l'article